Art'naque $

supercheries et hommages des imitateurs 

 

  

Vous trouverez ici des liens vers des articles

concernant l'histoire ou l'actualité

des arnaques artistiques,

l'activité des faussaires

dont certains sont maintenant célèbres,

comme Van Meegeren, Elmyr de Hory, Réal Lessard,

Alin Marthouret et David Stein

et des travaux sur l'authenticité des oeuvres d'art

Merci d'indiquer au maître de site tout lien inactif ou périmé ici

 

"Rendez à César ce qui est à César"

La police sur la piste des fausses compressions

http://www.artcult.com/cesar.html

 

Le site instructif d'un expert :
 
 
 
 
Une série de liens vers l'affaire des faux Van Gogh
 
 
 
 
 
Voici un lien vers une vidéo très intéressante présentant la thèse de Benoît Landais sur les faux Van Gogh. Les 5 premières minutes pendant lesquelles les participants se présentent sont assez ennuyeuses (j'en suis désolé pour eux) et je vous conseille de les passer (c'est possible avec Real Player) pour entrer dans le vif du sujet avec les démonstrations de Benoît Landais.
 
 

 http://www.artemis.jussieu.fr/ct/art&@rt/ART030211.htm

Un autre lien aimablement communiqué par Benoît Landais

http://www.marronniers.kevtl.nl/

 
  
 
Faux dessins de Picasso 
 
 
 
 
Des approches philosophiques
de la question de l'authenticité
 
 
 
 
Fausse peinture et vrai hommage à Vermeer de Delft
 
 
 
 
 
Les confessions d'un faussaire :
un article en deux parties sur Alin Marthouret
 
 
 
 
 
 
 
Un article en deux parties sur le faussaire David Stein
 
 
 
 
Un faux-faux Picasso
n'est pas toujours un vrai Picasso :

 

 

L'affaire Duchamp-Pinoncelli

Une compilation de quelques articles significatifs

à propos de la "Fontaine" duchampienne

et des rebondissement récents de la farce dadaïste

Le contenu de ces articles n'engage que les auteurs.

Les sources des documents sont indiquées par des liens actifs

 

http://www.liberation.fr/php/pages/pageReactionsList.php?rubId=4&docId=234167&s2=5&pp=culture%3A%3AW%3A%3AG%3A%3APinoncelli%2C_l_entailleur_d_uri

 

Pinoncelli, l'entailleur d'urinoir, n'échappe pas à sa peine

Trois mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve : la cour d’appel de Paris a confirmé la peine de première instance contre Pierre Pinoncelli. La justice n’a en revanche condamné «l’artiste» qu’à payer 14.352 euros au Centre Pompidou pour rembourser les frais de réparation, et non les 200000 euros demandés par le musée •

Trois mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve pour avoir entaillé l’urinoir de Marcel Duchamp. La cour d’appel de Paris a condamné vendredi Pierre Pinoncelli. Elle a donc confirmé la peine de première instance, mais la justice n’a en revanche condamné l’artiste qu’à payer 14.352 euros au musée pour rembourser les frais de réparation. 

En première instance, Pierre Pinoncelli avait été condamné en plus à payer 200.000 euros de dommages et intérêts au Centre Pompidou, mais le juge a estimé cette fois-ci que la demande du musée n’était pas recevable. Lors de l’audience d’appel, le 24 novembre, l’avocat général avait demandé la confirmation des peines de sursis. Il s’en était remis à la sagesse de la cour pour évaluer l’objet, simple urinoir signé du pseudonyme R. Mutt, que Duchamp avait transformé en manifeste dada en le déclarant oeuvre d’art.

Le 4 janvier 2006, en fin de matinée, Pinoncelli s’était attaqué à l’oeuvre exposée au Centre Pompidou de Paris dans le cadre de l’exposition Dada, avec un petit marteau, ébréchant légèrement la céramique. Il l’avait également signée en écrivant «Dada». Se présentant comme un artiste ayant voulu «rendre hommage à l’esprit Dada» et à celui de Marcel Duchamp. Il avait déjà dégradé le même urinoir en 1993 exposé au Carré d’art de Nîmes (Gard).

 

Réactions des lecteurs, sur le net

Patrick de Vigo - PINACOTHEQUE

Dada est né en Suisse et le Centre Pompidou veut nous faire prendre l'Helvétie pour des lanternes. Pauvre pine à Kotek! Vendredi 09 Février 2007 - 16:37mulotun artiste aspiré
S'il suffisait de donner coup de marteau sur une pissotière pour être un artiste la France serait la première nation artistique du monde. Mais dans ce centre Pompidou, siège de la profanation, il est au moins une oeuvre d'art qui sans la moindre revendication tombe en charpie - une croûte à base de ciment - : le maniement de l'aspirateur est le geste artistique du dernier cri.  Vendredi 09 Février 2007 - 15:21nobuyoshiprécisions
pour ta gouverne lolo " Marcel Duchamp est un imposteur, son "art" est celui des petits fours, des intellos pincés bien-pensants et du fric qui coule à flot" sache que duchamp n'a jamais vécu de son art mais de parties d'échec son véritable "métier" ensuite pour en finir avec l'urinoir qui marque un véritable tournant dans l'histoire de l'art c'est un symbole qui vise rédéfinir le statut de l'oeuvre d'art enfin je suis assez d'accord pour dire que Pinonceli est ausi un artiste s'appropriant cette oeuvre majeure en là faisant évoluer sa condamnation est triste car elle démontre que duchamp à échouer dans sa tentative de "déstabilasion" du "sacré" dans l'art Vendredi 09 Février 2007 - 15:21Astre NoirA Lolo
Non, lolo, Duchamp n'est pas un imposteur. Les imposteurs, c'est le Centre Beaubourg qui réclame 200 000 €, ce sont les gens qui s'extasient devant "l'oeuvre"... Le geste de Duchamp, et celui de Pinoncelli qui en est le digne héritier est justement de dénoncer l'imposture de l'art contemporain. Vivement beaucoup d'autres Duchamp et Pinoncelli Vendredi 09 Février 2007 - 15:15LoloSoutien
sergio : il l'avait déjà fait précédemment. Perso, je soutiens totalement Pinoncelli dans sa démarche. Marcel Duchamp est un imposteur, son "art" est celui des petits fours, des intellos pincés bien-pensants et du fric qui coule à flot. Cet urinoire était une insulte au dadaïsme et à toutes les personnes qui ont fait vivre ce mouvement. Lamentable.  Vendredi 09 Février 2007 - 13:53OnujikCasser urinoir=art contemporain
Comme dit André, l'acte de P est un acte artistique. L'urinoir de Duchamp n'est pas une oeuvre d'art, on en trouve à un prix bien plus modique dans un magasin de bricolage. C'est l'acte, c'est la démarche de Duchamp qui est artistique. Bon, il faut dissuader le pekin moyen de renouveler le geste de manière récurrente. Mais d'un autre côté, P n'a aucun rond donc Beaubourg attendra longtemps. On récolte ce que l'on sème... Vendredi 09 Février 2007 - 13:23B@nceci est du pipeau
effectivement, il faut voir si lui-même a une démarche artistique propre à savoir s'approprier l'oeuvre d'un autre en laissant une "trace" ou si c'est juste un illuminé en manque d'inspiration. Vendredi 09 Février 2007 - 13:23JeanpinocheBen voyons !
Je suppose que SAS pense aussi, à l'instar du candidat qui a installé son QG de campagne de racollage électoral depuis cinq ans au Ministère de l'Intérieur, que la justice et les juges sont bien trop laxistes. Quand aux dirigeants du Centre Pompidou, ils ont sans doute pensé que c'était là un beau moyen de gagner, à peu de frais et sans se fatiguer, une somme alléchante comme tous les (petits et gros) boursicoteurs. Quant à Marcel Duchamp, là où il est, peut-être doit-il rire de voir que son oeuvre continue de vivre, et pleurer de voir comment on se sert de son nom pour tenter de s'enrichir. Vendredi 09 Février 2007 - 12:25sergioPas d'humour
J'aurais trouvé ça plus drole, s'il avait pissé dans l'urinoir en question ! Je pense exposer ma cuvette de chiottes prochainement, venez nombreux, entrée gratuite - Décidément l'art n'est que le reflêt de la société dont il est issu. Les grecs ont la Vénus de Milo et nous l'Urinoir de Marcel Duchamp  Vendredi 09 Février 2007 - 12:25sasl'argent liserable...
ces magistrats toujours très promptes à sousèévaluer et minimiser le bien des autres......retirer leur 50 euros sur leur fiches de paies et vous verrez la réaction.....corporatiste Tant que la justice n'aura pas de réalité financière...elle sera vaines et asthenique. Vendredi 09 Février 2007 - 11:44

 

 

http://www.couchet.org/fred/index.php?2005/11/24/8-pisser-dans-la-fontaine-de-duchamp

Pisser dans la fontaine de Duchamp

Par Frédéric Couchet, jeudi 24 novembre 2005 à 16:18 :: General :: #8 :: rss

J'intervenais mardi à un séminaire à Bruxelles et un des intervenants racontait des histoires liés au droit d'auteur et à l'art. L'histoire sur la « fontaine » de Duchamp dans laquelle Pierre Pinoncelli a pissé avant de la casser à coup de marteau est intéressante.

Voir la page qui relate les différentes histoires.

Ci-dessous celle concernant la « fontaine » de Duchamp  :

L’objet d’art ‘Fountain' de Duchamp est usagé pour une action par Pierre Pinoncelly, alias Pinoncelli. Le 24 août 1993, lors de l'exposition inaugurale du Carré des Arts de Nimes ‘L'Objet dans l'art au XX ième siècle’, Pierre Pinoncelli, artiste de l'École de Nice, pisse dans l' urinoir et lui assène un coup de marteau.

'Fountain' est propriété de l'Etat français. 'Fountain' est lié à une action exécutée par Duchamp à New York en 1917. La Society of Independant Artists organisa une exposition au Grand Central Palace le 10 avril 1917 sur une base de "No jury, no prizes". Délibérément Marcel Duchamp veut tester ce principe 'Ni jury, ni récompense' de la Society of Independants Artists. Quelques jours avant l'inauguration, il se rend chez J.L. Mott Iron Works, un grand fournisseur d'articles de plomberie de New York et achète un urinoir. Il envoie l'objet, intitulé 'Fountain' et signé sous le pseudonyme R. Mutt, anonymement au Grand Central Palace, accompagné des 6 dollars de cotisation requis pour participer à l'exposition. Fountain est refusé aux raisons que l'objet est "obscène, indécent, n'est pas une oeuvre 'originale', n'est pas de l'art". Le même urinoir réapparaît le 13 avril, dans la galerie 291, où Alfred Stieglitz, à la demande de Duchamp, photographie l'objet. Puis l'urinoir a été perdu. Duchamp se procure d'autres urinoirs identiques en 1964. C'est un de ces urinoirs qui fut acquis en 1986 par l'Etat français pour la collection du Centre George Pompidou pour 1.300.000 FF.

Le 26 août 1993 Pierre Pinoncelly défend son acte devant le Tribunal correctionel de Nîmes en se réclamant de Duchamp. Pour justifier son geste il dit qu'il s'agit "d'achever l'oeuvre de Duchamp, en attente d'une réponse depuis plus de quatre-vingts ans; un urinoir dans un musée doit forcément s'attendre à ce que quelqu'un urine dedans un jour, en réponse à la provocation inhérente à la présentation de ce genre d'objet trivial dans un musée (...). L'appel à l'urine est en effet contenu ipso facto - et ce dans le concept même de l'oeuvre - dans l'objet, vu son état d'urinoir. L'urine fait partie de l'oeuvre et en est l'une des composantes (...). Y uriner termine l'oeuvre et lui donne sa pleine qualification. (...) On devrait pouvoir se servir d'un Rembrandt comme planche à repasser". Le juge décide que Pierre Pinoncelly est coupable du délit de "dégradation volontaire d'un monument ou objet d'utilité publique" et le condamne à un mois d'emprisonnement avec sursis. Ensuite, l'urinoir a été restauré par Mme Nollinger pour 16.336 FF. Par acte d'huissier du 5 septembre 1995, le Ministre de la Culture, agissant pour le compte de l'Etat Français, fait citer Pierre Pinoncelli devant le Tribunal de grande Instance de Tarascon à l'effet d'obtenir réparation, dommage et intérêts du préjudice pécuniaire engendré pour l'Etat Français, propriétaire de l'oeuvre, et la société d'assurance AXA Global Risk. L'expert de AXA estimait que l'oeuvre avait perdu 60% de sa valeur. Selon une conservatrice du Musée national d'art moderne l'intégrité de 'Fountain' était profondément atteinte. "L'urinoir avait perdu son statut de ready-made neuf et intact, sans passé, sans usure; sa fonction (...) d'objet tout trouvé, prêt à l'emploi de l'art, donc d'art tout fait; son statut de simulacre commercial disparaissaient par force". Pinoncelly conteste en argumentant qu'il avait "prolongée" et "achevée" l'oeuvre. Il invoque son droit moral (loi sur le droit d'auteur) pour son action artistique. "Si les responsables artistiques du Centre Georges Pompidou avaient compris sa démarche, ils auraient laissé l'oeuvre de Duchamp telle que Pinoncelli l'avait marquée et l'auraient exposée telle quelle." Il estime avoir augmenté la valeur de l'oeuvre. Le tribunal affirme que le raisonnement juridique se trouve confronté à deux actions artistiques. "Le Tribunal n'a pas à substituer ses propres choix artistiques à ceux de l'autorité compétente en matière d'achat d'oeuvres." Mais conclut que "sitôt le coup marteau donnée, le geste artistique posé, tout disparait, l'acte et ses conséquences." Ce geste par Pinoncelli prétend valoriser l'oeuvre de Duchamp et prétend fuir, sous prétexte d'art, les conséquences financières de son acte. Les juges soulignent le légitime souci de Pinoncelly de voir reconnu le caractère artistique de son geste, mais que tout en étant éphémère, il n'en a pas moins eu des conséquences durables. Le 20 novembre 1998 Pinoncelly est condamné par le Tribunal de Grande Instance de Tarascon à rembouser à AXA le prix de la restauration de Fountain 16.336 FF ainsi que les 270.000 FF correspondant aux 60% de perte de valeur de l'oeuvre de Duchamp consécutive à son geste.

http://www.luxiotte.net/arts/expos2006/duchamp01.htm

Duchamp encore tout chaud

 

par Alain Jean-André

L'exposition Dada qui s'est ouverte l'automne 2005 au Centre Pompidou à Paris a connu un événement passé dans les faits divers. Le mercredi 4 janvier 2006, à 11 heures 30, un homme a ébréché à coups de marteau La Fontaine de Marcel Duchamp, un urinoir devenu œuvre d'art, avant de signer son acte : Dada. L'individu a été arrêté et placé en garde à vue ; plainte a été portée contre lui pour dégradation d'une œuvre de valeur. Le 24 janvier 2006, le tribunal de grande instance de Paris a condamné l'agresseur à trois mois de prison avec sursis et à payer 14 352 euros de frais de restauration et 200 000 euros de préjudice matériel. Le Centre Pompidou avait demandé 427 000 euros pour cet urinoir estimé la bagatelle de 2,8 millions d'euros. Si on peut monter une expo Dada aujourd'hui, l'esprit Dada, lui, est prié de rester au vestiaire.

On objectera que l'iconoclaste de cette histoire n'en est pas à sa première agression de La Fontaine de Duchamp. Il s'est déjà pris à l'objet symbolique le 24 août 1993, lors d'une exposition au Carré d'art de Nîmes. Il avait même commencé par se soulager dans l'objet industriel promus au rang de sculpture. En fait, ce « vandale » est l'artiste Pierre Pinoncelli, 77 ans. Sa première intervention (dadaïste ?) avait donné lieu à un jugement qui l'avait déjà condamné : l'avocat Bernard Edelman avait expliqué qu' « en brisant un urinoir célèbre, il cherchait à s'accaparer la notoriété de l'artiste qui y avait apposé sa signature.»

N'empêche. Les « actions » de notre homme soulèvent une série de questions qui sont loin d'être sans intérêts. Ce n'est pas le moindre paradoxe de cette histoire. Si l'on constate un cousinage avec l'insistance sur l'absurde, le mécanique, la raison prise à rebrousse-poil des dadaïstes aux lendemains de la Grande Guerre, on y voit aussi une manière proche du procès de Barrès monté par Breton, l'homme qui allait lancer ensuite le Surréalisme. Dans les deux cas, l'action d'éclat, le scandale attire l'attention générale à cause de la notoriété de la cible. Ce type d'intervention ne peut avoir un écho, et peut-être un sens, que dans cette sphère particulière, bouillon de culture des médias en quête de cette marchandise.

En promouvant un urinoir au rang d'œuvre d'art (conception du ready-made), Marcel Duchamp a insisté sur le fait qu'il effaçait sa signification courante pour lui donner un sens purement esthétique. Il déplaçait ainsi la notion d'art d'une pratique manuelle héritée des artisans à un choix intellectuel (qui a ouvert les portes à l'art conceptuel). Quand Pierre Pinoncelli frappa une première fois La Fontaine, il expliqua qu'il avait voulu rendre « sa dignité à l'objet ». Autrement dit, il avait voulu faire l'inverse de Duchamp : ramener « l'objet le plus célèbre de l'histoire de l'art » du XXe siècle à son rang de vulgaire objet utilitaire, périssable et misérable. Une désublimation qui atteste que le roi est nu. Mais sa faiblesse, sa grande faiblesse, ce fut d'être le second, pas le premier. En art, ça ne pardonne pas.

Quand à l'« œuvre originale », à sa « valeur », il n'est pas inutile de rappeler les faits suivantes. La Fontaine à laquelle Pierre Pinoncelli s'est attaqué n'est pas l'œuvre originale. Elle n'existe plus depuis 1917. Elle a été perdue. Les huit versions actuelles ont été réalisées par l'artiste et le marchand italien Schwartz en 1964. L'une d'elle, disponible sur le marché en 1999, a été vendue à un collectionneur grec 1,6 millions d'euros. En janvier 2006 le Centre Pompidou estime un exemplaire à 2,8 millions d'euros. Autrement dit, cette œuvre de Duchamp prend près de 11 % de valeur chaque année sur le marché. On ne badine pas avec l'esthétique à deux chiffres du marché de l'art.

Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 29 janvier 2006)

 

http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=929480

M. Pinoncelli et Duchamp : frappante charité

 

Article publié le 07 Janvier 2006
Par Harry Bellet
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 637 mots

Extrait : L'artiste Pierre Pinoncelli, 77 ans, a été arrêté et placé en garde à vue après avoir ébréché à coups de marteau, mercredi 4 janvier, vers 11 h 30, une oeuvre de Marcel Duchamp installée au Centre Pompidou, dans le cadre de l'exposition Dada. « Le dommage n'est pas irréparable », précise le service de communication du Centre, dont les responsables ont porté plainte pour dégradation. Ils parlent en connaissance de cause : La Fontaine de Marcel Duchamp a déjà été restaurée après avoir subi une première fois les foudres de M. Pinoncelli, le 24 août 1993, lors d'une exposition au Carré d'art de Nîmes.

 

 

http://rezo.net/grems/n2/decomp.html

Paru dans Libération, sous le titre "Le profanateur de pissotières en appelle à l'art", article de Valérie Simonet.

Pierre Pinoncelli, tête en boule de billard et barbe blanche, pose sur ses juges un regard amusé. Devant le tribunal de grande instance de Tarascon (Bouches-du-Rhône), se joue l'issue d'un happening qu'il avait orchestré en 1993. Lors de l'exposition inaugurale du musée d'Art contemporain de Nîmes, l'artiste s'était tout bonnement soulagé dans l'urinoir de Marcel Duchamp, avant de lui assener un coup de marteau, endommageant la porcelaine. Pinoncelli, 70 ans, n'en était pas à son premier coup d'éclat: Malraux s'était vu barbouiller de peinture rouge en 1969, et les clients d'une banque niçoise avaient essuyé un hold-up symbolique de 10 F, en 1975. Fini de rigoler. Pour l'urinoir classé, le ministère de la Culture et AXA, assureur de l'oeuvre, réclament cette fois à l'artiste facétieux la somme de 250 000 F, plus les frais de réparation des dommages, soit 16 000 F. «Le dossier est différent de ceux qu'on traite habituellement dans les tribunaux, a reconnu Me Bozzi, représentant l'Etat et le ministère de la Culture, mais l'urinoir début de siècle "classique", que notre société a érigé en oeuvre d'art, a bien été vandalisé par M. Pinoncelli, qui a cru bon de lui redonner sa destination première, industrielle.» L'urinoir, baptisé Fontaine 1917, a été «fragilisé», «l'objet est infirme, ne peut plus bouger». Alignant les chiffres, le prix de cession, les évaluations d'experts, les aléas des cotes de l'art, l'urinoir de Duchamp s'est finalement trouvé crédité d'une valeur de 450 000 F. Réaction de Pierre Pinoncelli: «Duchamp avait fait ça par dérision, j'ai voulu remettre son oeuvre à sa place, j'ai prolongé son acte de provocation. Le coup de marteau qu'on me reproche, c'était pour signifier son retour au statut d'urinoir. Sinon, une femme de ménage aurait épongé et effacé mon acte sans que personne ne le sache.» Argumentation reprise par Me Arnaud, son avocat: «(...) La provocation de Duchamp se retrouve dans la provocation de Pinoncelli. N'en faisons pas une affaire de marchand.» (...) Pierre Pinoncelli a accepté, par la voix de son avocat, de payer les seuls frais de remise en état. Finaude, la partie civile a lu devant le tribunal une déclaration de l'artiste à la presse en 1994, au sujet de la peine qui lui avait été infligée au pénal en 1993, un mois de prison avec sursis: «Encore une fois (j'allais dire: comme d'habitude!), je m'en suis tiré presque sans rien... [...] cela fait partie du jeu, et ce n'est pas moi qui m'en plaindrai, bien sûr.»


Paru dans Crash (avril 1998) sous le titre "Sowana, premier artiste artificiel", et sous la plume du très sérieux Guy Tournaye.

Pour le Cercle Ramo Nash, le principal média de l'art aujourd'hui n'est plus l'exposition, mais la conversation. L'enjeu n'est pas tant de produire des oeuvres originales que de développer un argumentaire spécifique (...). Premier robot de dialogue orienté art, Sowana peut donc être considéré comme un artiste à part entière. Opérationnel sur le web depuis décembre 1997, Sowana se présente sous la forme d'une interface de dialogue en langage naturel, susceptible d'améliorer sa base de dialogues au fil des dialogues par auto-apprentissage. Cet artiste artificiel, élaboré dans le cadre du Projet Intelligence Artistique, est ainsi en mesure non seulement de participer de manière active à une conversation sur l'art, mais aussi d'optimiser sa stratégie en fonction des informations générées par l'environnement artistique. A ce titre, Sowana traduit la transformation progressive de l'artiste en une "machine informationnelle" dont l'efficacité est de plus en plus conditionnée par sa capacité à manager les flux d'information, qui organisent le champ de l'art et de l'esthétique"

 

 

http://www.lexpress.fr/info/infojour/rss.asp?id=37110

Pierre Pinoncelli, 78 ans, a été condamné à trois mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l'épreuve pour avoir dégradé à coups de marteau un urinoir de l'artiste Marcel Duchamp, oeuvre emblématique du courant dada exposée au Centre Pompidou à Paris.

La cour d'appel de Paris a ainsi confirmé la peine prononcée en première instance en janvier 2006. Elle a en outre condamné le prévenu a payer au Centre Pompidou les frais de réparation de l'oeuvre, soit 14.352 euros.

En revanche, elle a annulé sa condamnation à verser 214.000 euros de dommages et intérêts à l'institution, prononcée en première instance, en raison d'un problème de droit. L'Etat est propriétaire de l'oeuvre et non le Centre Pompidou.

Le 4 janvier 2006, Pierre Pinoncelli avait frappé à coups de marteau l'urinoir baptisé "Fontaine", imaginé en 1917 par Marcel Duchamp, qui se réclamait du dadaïsme. Huit versions en ont été réalisées. La céramique a été légèrement fendue mais l'oeuvre figure toujours dans les collections d'art contemporain du Centre Pompidou.

Le prévenu, déjà auteur d'un attentat similaire en 1993 sur la même oeuvre, a défendu son acte devant ses juges en expliquant qu'il relevait justement de la philosophie dada. Après l'arrêt de la cour, il a déploré vendredi devant les journalistes la "non-reconnaissance de son acte artistique".

Il s'est réjoui de voir le Centre Pompidou débouté de ses demandes financières. Il a expliqué qu'il ne recommencerait plus de telles performances en France mais n'a pas exclu de récidiver à l'étranger.

"C'était un clin d'oeil au dadaïsme, j'ai voulu rendre hommage à l'esprit dada", avait-il expliqué à l'audience.

Le mouvement dada, né pendant la Première Guerre mondiale en Suisse, rassemblait des pacifistes révoltés contre les valeurs esthétiques morales, politiques et religieuses de leur époque.

 

 

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-859683,0.html?xtor=RSS-3246

Procès reporté

La cour d'appel de Paris, qui devait rendre, le 26 janvier, son arrêt concernant Pierre Pinoncelli, a reporté sa décision au 9 février.

L'auteur, poursuivi pour avoir martelé l'urinoir de Marcel Duchamp, exposé au Centre Pompidou, avait été condamné, en première instance, à trois mois de prison avec sursis et à 200 000 euros de dommages et intérêts

 

La cour d'appel de Paris doit rendre vendredi 26 janvier son jugement sur l'affaire qui oppose le Centre Pompidou à Pierre Pinoncelli, et qui est en passe de devenir un classique du droit. Cette affaire laisse douter de l'adéquation de la loi aux pratiques de l'art contemporain qui, depuis Marcel Duchamp et ses ready made, objets industriels élevés au rang d'oeuvres, ont de quoi rendre chèvres les juristes.

 

Le 4 janvier 2006, Pinoncelli, 77 ans, a été arrêté au Centre Pompidou, à Paris, et placé en garde à vue, après avoir ébréché à coups de marteau la Fontaine de Duchamp, justement. Il y avait aussi inscrit, partie essentielle selon lui de son action, le mot "Dada".

La Fontaine avait déjà fait l'objet de son attention le 24 août 1993, lors d'une exposition au Carré d'art de Nîmes. Il s'était d'abord soulagé dans la sculpture, un urinoir posé tête-bêche, par rapport à son installation d'origine. La miction était bénigne, mais l'artiste avait cru déjà nécessaire de briser le mythe à coups de marteau.

Le tribunal de Tarascon l'avait condamné, le 20 novembre 1998, à une amende équivalent à 45 122 euros. Avec un arrêt très commenté, notamment par l'avocate Agnès Tricoire, dans la revue Vacarme : tout en condamnant lourdement Pinoncelli pour son geste, les juges n'avaient pas remis en cause sa portée artistique. Ils l'avaient seulement liée, par une construction intellectuelle qu'on ne trouve plus guère que chez les magistrats, au versement par Pinoncelli de dommages et intérêts à l'Etat.

Le vandalisme artistique est un acte relativement peu fréquent, et peu puni. A New York, le 14 novembre 2000, un professeur en retraite qui avait maculé un tableau de Chris Ofili heurtant ses convictions religieuses a été condamné à 250 dollars d'amende. En octobre 1973, Tony Shafrazi, devenu depuis un important marchand d'art contemporain, bomba Guernica, alors conservée au MoMA. Il s'en tira avec une simple amende.

En première instance, le Centre Pompidou réclamait 427 000 euros pour la Fontaine, qu'il estime à 2,8 millions d'euros. La cour avait accordé 200 000 euros. En appel, l'avocat général a réclamé trois mois de prison avec sursis et laissé à la sagesse de la cour "le très, très sérieux problème des dommages-intérêts".

Reste que Pinoncelli, par son acte, est devenu coauteur de l'urinoir. C'est l'avis d'Emmanuel Pierrat, avocat spécialiste de l'art : "Cela ne l'exonère pas de l'infraction pénale qu'il a commise. Mais, selon moi, il est devenu, non pas coauteur, mais auteur d'une oeuvre dérivée. Cela consiste à prendre une oeuvre existante, à l'utiliser, et à la transformer pour en faire autre chose."

Paradoxalement, il peut donc se plaindre que son oeuvre ait été détruite par le Centre Pompidou. "Les seuls qui peuvent s'en inquiéter, ce sont les héritiers de Duchamp, au titre du droit moral, confirme maître Pierrat. Le Centre Pompidou ne peut venir en justice que sur la propriété matérielle de l'oeuvre. En restaurant l'urinoir, le Centre Pompidou a contrevenu au droit moral de Pinoncelli."

"JOCONDE" ET PORTE-JARRETELLES

Cet élément pourrait expliquer la surprenante lettre d'Alfred Pacquement publiée dans Le Monde (21 janvier 2006), dans laquelle le directeur du Musée national d'art moderne considère Pinoncelli comme un vandale. Mais, contrairement à tous les usages, et au tribunal de Tarascon, il lui dénie la qualité d'artiste. Ce que conteste Emmanuel Pierrat : "Quel que soit le procédé utilisé, il est dans une démarche que je considère, et la jurisprudence aujourd'hui, comme artistique. Comme Alberto Sorbelli, avec la Joconde."

Emmanuel Pierrat a en effet été le premier à faire reconnaître par une cour d'appel le caractère artistique d'une performance : au Louvre, Alberto Sorbelli, en porte-jarretelles, a embrassé la Joconde devant l'objectif de sa photographe. Un conflit l'opposant à cette dernière, maître Pierrat a obtenu du tribunal qu'il reconnaisse le caractère artistique plein et entier du performeur : "C'est une vieille discussion, qui a commencé avec l'affaire opposant Renoir au sculpteur Guino. Rongé par l'arthrose, Renoir donnait ses instructions à un technicien, sans intervenir physiquement dans ses sculptures. Le tribunal a reconnu un statut de coauteur à l'auxiliaire". D'autres artistes, comme Sophie Calle, ont ainsi recours à des photographes pour fixer leurs actions. Dans le cas d'Orlan, ce sont les chirugiens intervenants sur le corps de l'artiste qui peuvent se réclamer coauteur. Désormais, des contrats préalables permettent d'établir une paternité. Qui fut très tôt reconnue au couple Christo, lorsqu'ils revendiquèrent, avec succès, les droits sur les photos prises du pont Neuf empaqueté par leurs soins.

Depuis, les affaires se multiplient. Jean-Olivier Hucleux ou Jeff Koons ont été accusés de plagiat par des photographes dont ils avaient utilisé les images, le premier pour un tableau, le second pour une sculpture. En France, comme aux Etats-Unis, les tribunaux ont tranché en faveur des photographes.

Plus préoccupante apparaît la décision en 2005 de la Cour de cassation de refuser au nouveau-réaliste Daniel Spoerri la parternité de Mon Petit déjeuner, un "tableau-piège" de 1972, au prétexte qu'il n'était pas de la main de l'artiste. L'assemblage d'objets collés sur une planche était pourtant signé, mais réalisé par un autre.

Ce qui revenait à exclure, comme certains l'ont conclu un peu vite, des pans entiers des pratiques contemporaine du champ de l'art : exit Jeff Koons, Maurizio Cattelan, et tant d'autres qui font exécuter leurs oeuvres par des praticiens, sans oublier les ready-made comme la Fontaine de Duchamp.

NOUVEAUX PROBLÈMES

"Il s'agit d'un pan du droit distinct de la propriété intellectuelle, précise Emmanuel Pierrat. Une description incomplète de l'oeuvre par le commissaire priseur, qui a fait que l'acheteur croyait acheter une oeuvre faite par Spoerri." Ce n'est pas un arrêt de principe, qui fonde le droit, mais un arrêt d'espèce, qui tient compte de circonstances particulières. Les artistes peuvent continuer à sous-traiter, sans perdre pour autant leur statut d'auteur.

Emmanuel Pierrat écrivait naguère dans la revue L'Œil que le droit d'auteur est souvent en décalage avec l'art actuel. Son point de vue est aujourd'hui plus nuancé : "L'art contemporain poserait de nouveaux problèmes, explique-t-il, parce qu'on ne sait plus qui est l'auteur, mais le cas se pose aussi avec la Renaissance. La notion d'atelier ne date pas d'aujourd'hui, elle a toujours existé dans l'histoire de l'art. J'ai été le conseil d'Arman, et à la fin de sa vie, les pièces sortaient toutes seules ! On devrait signaler "atelier de...", dans ces cas-là. Murakami donne la liste de tous ses assistants derrière chacun de ses tableaux. Il s'agit sans doute plutôt d'une démarche artistique, ou marketing, mais c'est le seul qui, en droit, soit nickel."

Harry Bellet

Article paru dans l'édition du 26.01.07.

 

 

http://archquo.nouvelobs.com/cgi/articles?ad=culture/20060124.OBS3430.html&host=http://permanent.nouvelobs.com/

"Fontaine" de Duchamp :
Pinoncelli condamné
Pierre Pinoncelli a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir dégrader "La Fontaine", une oeuvre de Marcel Duchamp.

La ''Fontaine'' de Marcel Duchamp
La "Fontaine" de Marcel Duchamp
 


Le tribunal correctionnel de Paris a condamné mardi Pierre Pinoncelli, 77 ans, à trois mois de prison avec sursis et devra verser 200.000 euros au titre du préjudice matériel pour avoir ébréché à coups de marteau une oeuvre de Marcel Duchamp, "La Fontaine", un urinoir industriel.
Pierre Pinoncelli, ancien cadre commercial et se revendiquant de l'école artistique de Nice, devra verser 14.352 euros au titre des frais de réparation et 200.000 euros au titre du préjudice matériel au centre Pompidou, propriétaire de l'œuvre.
Pour sa défense, Pierre Pinoncelli a expliqué qu'il n'avait pas dégradé l'urinoir mais lui avait donné au contraire une plus-value en en faisant un "original".

Plusieurs coups de marteau

Celui-ci était présenté dans le cadre de l'exposition "Dada" au centre Pompidou. Le 4 janvier, Pierre Pinoncelli, après avoir acheté son billet d'entrée, avait donné plusieurs coups de marteau avant de signer "Dada" sur cette sculpture.
L'oeuvre est estimée à 2,8 millions d'euros, a déclaré l'avocate du musée, Me Marie Delion. Pierre Pinoncelli avait déjà uriné en 1993 sur ce "ready-made" lors de son exposition à Nîmes avant de lui porter quelques coups de marteau.
L'original de "La Fontaine", que l'artiste avait tenté d'exposer en 1917 à New York, a été perdu. En 1964, Marcel Duchamp a édité huit versions de cette oeuvre. AP

 

http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=929480

M. Pinoncelli et Duchamp : frappante charité

 

Article publié le 07 Janvier 2006
Par Harry Bellet
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 637 mots

Extrait : L'artiste Pierre Pinoncelli, 77 ans, a été arrêté et placé en garde à vue après avoir ébréché à coups de marteau, mercredi 4 janvier, vers 11 h 30, une oeuvre de Marcel Duchamp installée au Centre Pompidou, dans le cadre de l'exposition Dada. « Le dommage n'est pas irréparable », précise le service de communication du Centre, dont les responsables ont porté plainte pour dégradation. Ils parlent en connaissance de cause : La Fontaine de Marcel Duchamp a déjà été restaurée après avoir subi une première fois les foudres de M. Pinoncelli, le 24 août 1993, lors d'une exposition au Carré d'art de Nîmes.

 

http://www.humanite.presse.fr/journal/1993-08-28/1993-08-28-683054

Un mois avec sursis pour Pierre Pinoncelli Article paru dans l'édition du 28 août 1993.

Un mois avec sursis pour Pierre Pinoncelli.

L’homme qui avait endommagé, à coups de marteau, après avoir uriné dedans, la « Fontaine » de Marcel Duchamp, mardi au Carré d’Art de Nîmes (Gard), a été condamné à un mois de prison avec sursis. Pierre Pinoncelli, soixante-cinq ans, artiste-peintre et spécialiste des « happenings artistiques », avait connu son heure de gloire en 1969 lorsqu’il avait aspergé de peinture rouge André Malraux qui posait la première pierre du musée Chagall de Nice. Il avait également perpétré en 1975 un hold-up symbolique dans une banque niçoise pour protester contre le jumelage Nice-Le Cap. L’oeuvre de Duchamp a été « très peu endommagée » et est « tout a fait réparable » et « de toute façon parfaitement assurée », dit-on à la mairie de Nîmes.

http://www.paris-art.com/echo_detail-693-1.html

Par Pascaline Vallée
Foutain, l’urinoir lui-même provocateur de Duchamp était exposé au Centre Pompidou quand Pierre Pinoncelli a commis son forfait, en janvier 2006. D’un coup de marteau, il a ébréché l’œuvre, qu’il avait déjà inondée d’urine en 1993.
«Ce n’est pas du vandalisme, c’est de l’art», s’est-il défendu. Son «acte conceptuel» s’est finalement soldé par une peine de trois mois de prison avec sursis assortie de 214 000 € d’amende. L’artiste a décidé de faire appel.

Pierre Pinoncelli dénonce : « Duchamp lui-même m’y avait encouragé. L’institution a fit de son

urinoir le veau d’or de l’art contemporain. C’est une déviation totale de l’esprit dada. J’ai voulu inverser le processus du ready-made en rendant à l’œuvre d’art son statut de pissotière »(1).

Cette affaire repose une question indissociable de l’art contemporain: La provocation en tant que principe artistique prime-t-elle sur le statut d’objet d’art ? Décision finale le 26 janvier 2007.

(1) «Et la provoc bordel ?», Télérama n° 2952 (12 août 2006)

 

http://www.liberation.fr/culture/219282.FR.php?mode=PRINTERFRIENDLY

ulture


http://www.liberation.fr/culture/219282.FR.php

A pisser de rire

Le centre Pompidou persiste à réclamer une somme exorbitante au performeur Pierre Pinoncelli, briseur récidiviste du célèbre urinoir de Duchamp.

Par Edouard LAUNET

QUOTIDIEN : samedi 25 novembre 2006

 

Marcel Duchamp (1887-1968) a semé dans le champ de l'art une volée de mines qui fonctionnent encore très bien. L'une d'elles a pété hier à la figure de la cour d'appel de Paris, devant une assistance médusée. Une seule victime, mais de taille : le centre Georges-Pompidou. Vendredi matin, l'établissement, présidé par Bruno Racine, s'est enfoncé dans un ridicule épais en persistant à réclamer la somme exorbitante de 200 000 euros à un habitant de Saint-Rémy-de-Provence, Pierre Pinoncelli, au motif qu'il a flanqué un coup de marteau en janvier dernier sur une pissotière du centre. Certes, il se trouve que cet urinoir modèle standard n'était pas dans les toilettes, mais présenté dans le cadre d'une grande exposition «Dada» : c'est l'une des huit copies (les spécialistes préfèrent parler de «multiples»)  de la fameuse Fountain de Duchamp, un ready-made de 1917.

Ardoise. En janvier dernier, Pierre Pinoncelli, un artiste «performeur» de 77 ans encore très turbulent, avait été condamné en première instance à trois mois de prison avec sursis et au remboursement des travaux de restauration de l'«oeuvre». Rien d'anormal jusque-là. Mais surprise : lors de l'audience, le centre Pompidou s'était porté partie civile, réclamant pas moins de 427 000 euros pour préjudice de dégradation. La présidente avait juste réduit l'ardoise de moitié et Pinoncelli, qui s'était pointé sans avocats, était reparti en état de choc : 200 000 euros ! Il n'avait plus qu'à vendre sa maison de Saint-Rémy, ou bien à faire appel. Il fit appel.

Retour donc au palais de justice hier, mais cette fois dans l'ambiance plus solennelle de la cour d'appel, pour se poser cette simple question : combien vaut une pissotière en faïence ? L'avocat général répondit : «83 euros.» Le représentant du ministère public venait de consulter l'Internet, où ce genre d'objet se trouve sur catalogue. Pinoncelli, lui, a payé une centaine d'euros l'exemplaire (de marque Roca) qu'il a fait livrer au centre Pompidou le 3 novembre dernier, afin de remplacer l'exemplaire ébréché de l'établissement. Ce dernier a refusé d'accuser réception.

Le centre Pompidou a préféré envoyer hier son avocate pour argumenter devant la cour d'appel. «La récidive de Pierre Pinoncelli aura de lourdes conséquences pour la collectivité. L'oeuvre de Duchamp, deux fois endommagée et fragilisée, ne pourra désormais plus circuler ni en France ni à l'étranger ; elle est désormais inapte à tout échange culturel.» 

Car, oui, c'était une récidive. L'artiste performeur de Saint-Rémy-de-Provence avait déjà, en 1993, foutu un coup de marteau à ce même urinoir, après avoir pissé dedans. C'était lors d'une expo au Carré d'art de Nîmes. Pinoncelli et la pissotière s'étaient tirés de cette douteuse affaire sans trop de dommages, l'un sans débourser un sou, l'autre parfaitement rénovée.

Rebelote en janvier dernier, donc : Pinoncelli, resté très Dada dans l'âme, pense que la plaisanterie de Duchamp mérite d'être régulièrement saluée par des actes loufoques. D'ailleurs, pour lui, les coups de marteau ne feraient qu'améliorer l'oeuvre.

Bref rappel : l'«anartiste» Duchamp s'est amusé à élever des objets courants au rang d'oeuvres d'art, par simple décret, selon le principe du ready-made. C'est ainsi qu'en 1917, après l'avoir signé du pseudonyme R. Mutt, il avait fait d'un simple urinoir une merveille d'art contemporain. Et de rigolade. L'original a du reste été purement et simplement égaré, mais les huit «multiples» réalisés en 1964 se portent bien.

Le Musée national d'art moderne, hébergé au centre Pompidou, a acheté le sien en 1986 pour 230 000 francs. En 1999, un des «multiples» a changé de mains pour 1,6 million d'euros. Aujourd'hui, les pissotières duchampiennes sont évaluées à la hauteur hallucinante de 2,8 millions d'euros pièce. Le canular de Duchamp est devenu une affaire de gros, d'énormes sous.

Et c'est sur cette base que le centre Pompidou demande réparation. En première instance, son avocate avait fait un simple calcul : après réparation des dommages (une facture de 14 000 euros), l'objet aurait perdu 15 % de sa valeur, d'où ces exorbitants 427 000 euros initialement réclamés. C'est une lecture plutôt singulière du mouvement Dada.

Après s'être intéressé au prix des pissotières neuves, l'avocat général a développé des arguments plus complexes. «Doit-on considérer la modification d'une oeuvre d'un artiste par un autre artiste comme une dégradation ? Après tout, faute de matériel, il arrivait que Léonard de Vinci peignît sur des toiles déjà peintes par d'autres.» A cet instant, comparé au génie, Pinoncelli rayonnait de bonheur. Puis ses deux avocats contre-attaquèrent. L'un analysa longuement la démarche de Duchamp, l'autre dressa un panégyrique de la vie de «performeur» de Pinoncelli : soixante-dix happenings allant de l'attentat sur Malraux à l'encre rouge jusqu'à l'automutilation en signe de soutien à Ingrid Betancourt. Tout cela agaça le président Michel Meridias, qui finit par lâcher : «Veuillez s'il vous plaît vous rapprocher de l'objet de la procédure.» C'est-à-dire l'urinoir.

Car il y a tout de même des choses plus graves dans la vie, et dans le cours de la justice, que de s'interroger sur le prix des pissotières, fissent-elles partie des collections du Musée national d'art moderne. Il fut donc mis un terme assez sec à la pitrerie, et l'affaire fut mise en délibéré au 26 janvier.

 

 

http://www.libertepolitique.com/public/decryptage/article-1773-Pinoncelli-devant-les-juges-II-:-l%92Art-contemporain-est-il-de-l%92art-.html

11 janvier Culture
Pinoncelli devant les juges (II) : l’Art contemporain est-il de l’art ?Pinoncelli devant les juges (II) : l’Art contemporain est-il de l’art ?
Aude de Kerros*

Le 26 janvier 2007 doit être rendu le jugement en appel de l’affaire Pinoncelli, du nom de ce « performeur » qui, le 4 janvier 2006, a ébréché une œuvre de Marcel Duchamp exposée au Centre Pompidou, le fameux urinoir baptisé Foutain.

Le fond du problème est de savoir si le bris de l’urinoir est du vandalisme ou relève dans son concept de « l’art contemporain », comme le revendique l’auteur de la « performance » du 4 janvier. Les magistrats sont confrontés en réalité à un problème sémantique délicat, conséquence d’une subversion déjà demi-séculaire : « l’art contemporain » se prétend la suite de l’art et le seul art d’aujourd’hui. Or les mots « art » et « art contemporain » ne recouvrent pas la même réalité. Cette affaire conduit les juges au cœur sémantique de la dernière utopie du XXe siècle. En prononçant son verdict, le tribunal donnera fatalement un contenu au mot « art » et la justice se substituera à l’Académie française.

C’est pourquoi « le monde de l’art » [1] est en haleine.

Si Pierre Pinoncelli est condamné à payer la somme de 200 000 euros plus 14 652 euros de remise en état pour avoir commis l’acte conceptuel de briser l’Urinoir de Marcel Duchamp, le tribunal fera basculer toutes les collections « d’art contemporain » de Beaubourg dans le statut « d’Art ».

L’arrêt de la cour pourra par la suite être interprété de deux façons.

1/ Soit l’Urinoir est élevé au rang de la Piéta de Michel Ange [2]

Dans ce cas l’art contemporain (« l’AC » [3]) perd instantanément ses privilèges et sa spécificité et devient de « l’Art ». C’est ce qu’avait réclamé André Pacquement, dans un article du Monde du 21 janvier 2006, où il attribuait le même statut à la Piéta et à l’Urinoir [4].

Partageant désormais la même définition que l’Art, l’AC doit répondre aux mêmes critères :

- La qualité esthétique prime désormais. Le « concept » n’est que la conséquence de la forme accomplie.
- La valeur se déduit par comparaison avec d’autres œuvres placées sur une échelle qui va du mauvais à l’excellent.

Comment juger alors l’Urinoir ? Serait-ce une œuvre d’art ratée en raison de ses formes molles, sa couleur uniforme, sa réalisation mécanique, son sujet trivial, sa matière amorphe, son caractère multiple [5] ? Si c’est le cas, son prix est largement surévalué et les dommages et intérêts demandés à Pierre Pinoncelli sont sans rapport.
Si l’on revendique sa grande valeur historique, critère secondaire quand il s’agit d’art, il faut alors rappeler que cet urinoir n’est pas l’original de 1917, perdu ou rendu à sa fonction première.

Si l’Urinoir et la Piéta de Michel Ange ont la même définition et prétendent au même statut, la légitimité de l’AC fondée sur sa fonction salvatrice, transgressive et critique n’est plus. Les ministres de la Culture ne pourront plus dire que « l’art contemporain est fait pour déranger » [6] car ce n’est pas la finalité première de la Piéta.

Si « l’AC » est de « l’art », nous assistons à une révolution culturelle spectaculaire remettant en cause cinquante ans de conceptualisme. L’ordre culturel est renversé. Le ministre de la Culture devra présenter sur le champ sa démission au président de la République, car l’art officiel de la République depuis presque trente ans aura été remis en cause.


Soit la Piéta de Michel Ange est abaissée au rang de l’Urinoir

Exégètes et théoriciens feront sans doute l’interprétation inverse de l’arrêt du tribunal.
Dans leur esprit, c’est l’« Art » qui prend le statut de « l’AC » : « Tout est de l’art, même l’art, et tout se vaut. » C’est ainsi que se définit aujourd’hui « l’art contemporain » si l’on en croit ses théoriciens les plus avancés : le « Grand Art », comme dirait Yves Michaud, n’existe pas, c’est une utopie perverse [7].

Si tout est « art contemporain » et tout se vaut, la valeur de la Piéta de Michel Ange s’effondre et entraîne dans sa chute celle de l’Urinoir.

Le prix que réclame Beaubourg à Pierre Pinoncelli est encore une fois injustifié. Une décision du tribunal dans ce sens entraînerait instantanément un effondrement du marché de l’art ancien, moderne et contemporain.

La confusion des mots « art » et « art contemporain » dont les sens sont pourtant opposés condamne cependant indubitablement Pierre Pinoncelli, et l’on ne peut alors que discuter sur le montant du préjudice… C’est la position de l’avocate Agnés Tricoire : « Il n’est pas tolérable juridiquement de s’attaquer au bien d’autrui pour faire de l’art » et « c’est au droit de s’assouplir pour englober tout l’art de son temps » s’insurgeant que «
certains veulent que les juges se transforment en arbitres des arts pour dire ce qui n’en est pas : ce combat est réactionnaire »
[8].

Le tribunal doit donc s’adapter et prendre acte de l’utopie qui consiste à confondre « art » et « AC ».

Or si Hannah Arendt, grande spécialiste de ces questions pouvait donner un conseil, elle dirait aux magistrats : « Méfiez vous des faux-semblants sémantiques qui empêchent de voir la réalité, ne jouez pas le jeu du totalitarisme ! Ne soyez pas complices ! » Le monde totalitaire n’admet pas les polarités, les différences. Quand les théoriciens de l’« AC » refusent d’admettre la spécificité de l’«Art », ils ont une pensée totalitaire. Le seul moyen pour tout clarifier est de disposer d’un mot pour chaque chose.

Retour à la réalité : deux définitions, deux statuts, deux lois

Le seul remède possible à l’utopie totalitaire est d’admettre qu’il existe deux définitions : celle de l’Art et celle de l’« art contemporain ».

La loi sur les droits d’auteur s’applique à l’art répondant à trois conditions : originalité de l’idée, incarnation dans une forme, originalité de la forme.

Les juges devraient considérer que cette loi ne s’applique pas à l’AC puisqu’il ne remplit pas ces trois conditions, en particulier dans le cas des ready-made. Cela rendrait service à l’AC que l’on ne lui applique pas la législation de l’art. Cela lui permettrait de remplir pleinement sa mission de subversion. Il n’est pas normal que l’AC dont la finalité est la subversion demande la protection juridique contre la subversion de la subversion. Me Agnès Tricoire, spécialiste en propriété intellectuelle, voudrait que les juges soient schizophrènes.

Le bris de l’urinoir remplit tous les critères de l’œuvre d’AC

Dans le cas de Pierre Pinoncelli, son bris de pissotière remplit les deux conditions requises pour une œuvre d’« Art contemporain » : elle est à la fois subversive et reconnue par le « milieu de l’art ».

Pierre Pinnoncelli a fait depuis des années l’expérience des dérives totalitaires de « l’AC », tout en n’étant pas reconnu par les institutions et une partie du milieu de l’art en France. On le jugeait iconoclaste et « insincère ». Mais les temps ont changé et le « milieu de l’art » est aujourd’hui unanime. L’incontournable Catherine Millet [9], jadis hostile, à daigné reconnaître Pinoncelli comme « artiste contemporain ». Libération a pris nettement position en sa faveur et le reste des médias suivent : Le Monde, Commentaire, New York Times, The Independent, Herald Tribune, Il Corriere de la Sera, etc. [10]. L’affaire a un retentissement international car l’AC est un art sans frontières. Le Centre Beaubourg est isolé.

Or la définition de « l’AC » selon les textes sacrés dit qu’« est de l’art ce que le milieu de l’art reconnaît être de l’art » [11]. Les musées ne sont qu’un facteur parmi d’autres de la transsubstantiation d’une chose ou d’un geste en œuvre « d’art contemporain ». Les musées français vont à contre-courant et veulent appliquer l’exception culturelle. À l’étranger, on l’a reconnu depuis longtemps : au musée d’art contemporain La Tertulia de Cali, on peut voir une œuvre de Pinoncelli : le doigt qu’il s’est tranché baignant dans du formol [12].

Enfin il suffirait que l’urinoir brisé fusse mis sur le marché pour que son prix décuple ; certes, l’exception française ne le permet pas en raison de l’incessibilité des œuvres acquises par l’État, mais le phénomène s’est produit récemment à la suite d’une décision judiciaire. Les juges ont appliqué à l’œuvre de Spoerri, Mon petit déjeuner [13] les critères de « l’art » et ont constaté que celle-ci n’y répondait pas : la vente a été annulée. Remise sur le marché, sa valeur est passée de 5.842 à 27.814 euros. Cette œuvre n’était pas de « l’art », mais elle était certainement de « l’art contemporain ».

Pierre Pinoncelli ne fait pas de « l’art » mais il est un authentique « artiste contemporain », selon les critères mêmes que Beaubourg applique tous les jours pour collectionner et présenter l’AC dans ses murs. Ne pas le reconnaître comme tel serait porter atteinte à l’aura d’idées qui légitime encore pour un temps l’AC et mettrait en danger les collections beaubouriennes.

***

Et moi, « artiste tout court », je supplie la Cour de faire la différence sémantique entre « Art » et « Art contemporain ». Ne pas confondre ces deux pratiques et ces deux pensées sans points communs aurait pour conséquence positive de délivrer à la fois les « artistes d’art » et les « auteurs d’AC » d’une aliénation commune.

J’entretiens un lien de fraternité avec Pierre Pinoncelli, car il ne nie pas mon identité « d’artiste d’art » et je ne lui conteste pas son statut d’« auteur contemporain ». Nous nous estimons mutuellement pour ce que nous sommes.

Je dois d’ailleurs beaucoup à l’existence de l’AC. En m’y confrontant, j’ai découvert la grande dimension de l’Art, et j’ai accepté comme un privilège ma vocation d’artiste d’art.

Si le tribunal ne maintient pas la différence sémantique entre « Art » et « Art contemporain » et réclame à Pinoncelli 200 000 euros, il précipitera par cette décision la mort de l’AC par auto-destruction. C’est donc un grand service qu’il rend aux collections françaises d’AC en n’allant pas dans le sens du Centre Beaubourg.

En faisant ce travail de clarification sémantique, les magistrats pourront avec raison se présenter à l’Académie française.


* Aude de Kerros est graveur, essayiste.



Notes


[1] « Le monde de l’art » : Institutions, collectionneurs, artistes, critiques. Selon le dogme de l’« art contemporain », aucun objet ne peut se transmuter en « art contemporain » sans leur reconnaissance.
[2] La Piéta de Michel Ange a connu un sort analogue, mais l’acte n’a pas été revendiqué comme « art contemporain ».
[3] L’AC : abréviation d’Art contemporain. Terme employé par Christine Sourgins dans Les Mirages de l’art contemporain, La table ronde, 2005. Il permet de faire la distinction entre l’idéologie de « l’art contemporain » et « l’art ». Il est à noter qu’à Beaubourg coexistent des œuvres d’art moderne auxquelles s’appliquent encore le jugement esthétique et les collections d’AC qui répondent à une définition conceptuelle : est de l’art ce que l’artiste déclare être de l’art et que les institutions acceptent de reconnaître comme tel.
[4] Le Monde 21 janvier 2006 : « Respect de l’Urinoir. »
[5] Treize exemplaires de l’Urinoir ont été réédités en 1964, l’original ayant disparu.
[6] Déclaration de Ph. Douste-Blazy, Le Monde 1997 ; déclaration de M. Donnedieu de Vabres lors de l’affaire « Présumés Innocents » de Bordeaux, Libération, nov. 2006.
[7] L’Art à l’état gazeux, Hachette, 2003.
[8] Agnés Tricoire, Libération, 30-31 décembre 2006. A plaidé dans l’affaire Bettina Rheims-Jacob Gautel.
[9] Catherine Millet, ”Duchamp-Pinoncelli, même Combat”, Art Press, mars 2006-12-15 : « Étant donné…les sommes réclamées et persuadée que je suis de l’équivalence freudienne entre l’argent et la merde, j’ajouterai, en passant du registre du liquide au registre solide , que Pinoncelli leur met le nez dans le caca. »
[10] Edouard Launet, Libération, 31 janvier 2006. Harry Bellet, Le Monde, 7 janvier 2006. Yak Rivais, Artension, mars-avril 2006. Alain Riding, New York Times, 7 janvier 2006. John Lichefield, The Independent, 13 février 2006; Herald Tribune, 7 janvier 2006 ; Corriere de la Sera Massimo Nava, 8 janvier 2006.
[11] Arthur Danto est le premier à avoir formulé cette définition de l’art contemporain en 1964 : « Est de l’art ce que le milieu de l’art dit être de l’art. »
[12] Pierre Pinoncelli s’est mutilé en juin 2002 en se tranchant un doigt de la main gauche en hommage à Ingrid Betancourt, enlevée le 23 février de la même année par des guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).
[13] L’affaire Spoerri : arrêt de la cour de cassation du 15 novembre 2005.

Suite de l 'article «  décriptage » http://www.libertepolitique.com/public/decryptage/article-1517-L-affaire-Urinoir-:-l-art-contemporain-devant-les-juges.html

17 mars Culture
L'affaire Urinoir : l'art contemporain devant les juges
Aude de Kerros*

Artistes et public sont aujourd'hui confrontés à deux définitions contraires du mot art.

La première est une déclaration : Tout ce qui est "déclaré" comme œuvre par l'artiste et avalisé par des institutions est de "l'art contemporain". La seconde répond à la formule du dictionnaire, où il est question d'une métamorphose de la matière par l'artiste pour exprimer un contenu grâce à l'excellence de la forme : c'est l'Art. Selon le principe de non-contradiction, il est évident que la première définition possède la légitimité que confèrent les Institutions et exclut la seconde, encore mentionnée dans les encyclopédies.

Ce problème sémantique et logique plonge "l'art contemporain" ainsi que l'Art dans une crise permanente qui est due à la contradiction qui existe entre l'utopie de la première définition et la réalité de la seconde. C'est une crise confidentielle qui s'exprime dans des débats d'idées repris par des livres et articles destinés à un upper few. En revanche, on voit apparaître au grand jour, dans la rubrique des faits divers, des affaires ayant trait aux dégâts collatéraux provoqués par les jeux sémantiques de "l'art contemporain". Ce sont des problèmes concrets et triviaux, aboutissant fréquemment devant les tribunaux. Si souvent, qu'une des revendications des "artistes contemporains" auprès du ministère de la Culture, est de bénéficier gratuitement des services d'un avocat, et d'une aide de l'État pour assumer les frais de justice.

L'"art contemporain" est par définition un art de la rupture et de la transgression, légitimé et subventionné par l'État, même s'il est en infraction avec ses lois, ce que la sociologue Nathalie Heinich nomme "le paradoxe permissif". Ces artistes et les institutions qui les couvrent et parrainent, considèrent donc que le statut d'œuvre d'art confère une immunité, un statut au dessus des lois, qui doit être garantie par l'État.

Un urinoir à 427.000 euros

Une affaire récente, parmi toutes celles qui encombrent les tribunaux, est caractéristique : le 4 janvier 2006, un artiste jouissant d'une certaine célébrité, Pierre Pinoncelli, a ébréché à coup de marteau le fameux urinoir de Duchamp à Beaubourg (intitulé la Fontaine) en le signant "Dada" (photo). Le tribunal d'instance de Paris, le 24 janvier, l'a condamné à trois mois de prison avec sursis, et à payer 14.352 euros pour frais de réparation, plus 200.000 euros pour préjudice matériel — le Centre Beaubourg en avait réclamé 427.000. Déclaration du tribunal : "Une infraction a été commise, une peine doit être prononcée."

Pinoncelli a fait appel. Il considère en effet qu'il n'a commis aucun préjudice. Au contraire, son geste est lui même une œuvre d'art dans l'esprit de Marcel Duchamp lui même. Il a donné de la valeur ajoutée en faisant de cet urinoir tiré à huit exemplaires une œuvre désormais unique. Il n'y a donc pas de préjudice. Mieux, Beaubourg devrait lui payer le prix de son œuvre.

Si la direction de Beaubourg respectait vraiment la doctrine de "l'art contemporain", exprimée dans toutes ses expositions, catalogues, et collections, au point qu'elle admet rarement l'Art tout court dans ses murs, elle devrait avaliser et reconnaître cette nouvelle œuvre pour ne pas mettre en péril son parti-pris. Pourquoi ne le fait-elle pas ?

• La première raison est la pratique normale du conservateur chargé par l'État de conserver. L'institution applique ici le statut de la Joconde de Léonard à l'urinoir de Duchamp même si les deux "objets" ne répondent pas à la même définition matérielle, ni aux mêmes finalités, ni aux mêmes critères.

• La deuxième raison est sans doute incluse dans l'exercice de "l'art contemporain" depuis un demi-siècle : l'arbitraire est reconnu par les théoriciens eux-mêmes. Dès les années soixante, Arthur Danto écrivait : "Est de l'art, ce que les institutions disent être de l'art." C'est un fait incontournable : il ne peut y avoir d'œuvre d'art sur simple déclaration d'artiste, même reconnu, ce n'est pas suffisant… C'est la limite qu'impose la réalité à l'utopie duchampienne.

Sur tous les tableaux

En refusant à Pinoncelli le statut d'œuvre personnelle pour cet urinoir brisé et en le faisant condamner par les tribunaux, l'institution joue sur tous les tableaux à la fois, avec cynisme et arbitraire. Si ce jeu, reconnu et admis comme propre à "l'art contemporain", ne semble poser aucun problème éthique, la question se pose néanmoins… : "L'art contemporain" serait-il faux ? N'est-il pas la dernière utopie totalitaire du XXe siècle ?

Il est bien imprudent pour les institutions de trop faire apparaître toutes ces contradictions qui peuvent à la longue ébranler la foi en l'idéologie de "l'art contemporain". Beaubourg ferait mieux, pour la préserver, de prendre acte de cette nouvelle œuvre devenue unique, signée : Jacob Delafon, M. Mutt, Duchamp, Dada, et Pinoncelli, la mettre sur le marché et la consacrer en réalisant une plus-value, ou de s'orienter vers un "arrangement"…

Or, pure coïncidence, une nouvelle direction vient de se créer dans la bureaucratie de Beaubourg, dite du "Développement du Centre Georges-Pompidou". Son directeur, le philosophe Bernard Stiegler serait, si on en croit sa fonction, tout désigné pour résoudre cet épineux problème. En effet sa mission est "de créer des communautés d'amateurs englobant artistes et spectateurs, de développer de nouvelles technologies inter-actives et transversales, de rendre des œuvres intelligibles pour un large public, de susciter des nouvelles formes d'appréciation de l'art…"

Cette initiative est le fruit d'une longue élaboration théorique développée par des spécialistes de l'art contemporain tels Yves Michaud, qui prêche pour l'essentielle inter-activité entre les œuvres et les "regardants" si chère à Marcel Duchamp, et Nicolas Bourriaud, ex-directeur au Palais de Tokyo, inventeur de "l'esthétique relationnelle". Celui-ci a d'ailleurs cette belle formule sur la bonne attitude à observer devant une œuvre d'art : "Ne pas se prosterner, s'en servir !" La création de cette nouvelle direction de Beaubourg doit justement servir à développer ce nouveau rapport interactif à l'art. Marcel Duchamp appelait cette démarche révolutionnaire "ready-made réciproque". Il avait imaginé ce concept : détourner un Rembrandt pour en faire une planche à repasser… Duchamp en a rêvé, Pinoncelli l'a fait : ici, l'urinoir à fait office du Rembrandt.

Vers l'art légal

À Nîmes, il y a quelques années, Pinoncelli avait déjà détourné un autre exemplaire des huit urinoirs de Duchamp pour y assouvir ses besoins naturels. Les tribunaux avaient sévi mais là encore, la reconnaissance de son œuvre d'art lui avait été refusée par les institutions et les médias, d'ou sa récidive… Et il récidivera encore… jusqu'à ce qu'il obtienne par tous les moyens la reconnaissance officielle indispensable, car sans elle son œuvre n'existe pas et il n'est pas un artiste ! On comprend l'enjeu.

Voilà pourquoi Pinoncelli fait appel et repose le problème. L'administration de Beaubourg devrait réfléchir… Reconnaître l'œuvre de Pinoncelli et assumer la définition de l'art "contemporain" qu'elle impose de façon arbitraire est de loin la solution la plus sage pour limiter la contestation et préserver la foi… Sinon il faudra poursuivre l'escalade et entrer dans la logique fatale de toute utopie : il faudra que les parlementaires légifèrent et décident ce qui est de l'art et ce qui ne l'est pas, car la justice ne peut pas, sans excéder ses pouvoirs, juger des points d'histoire, de morale et de philosophie, il lui faut des lois à appliquer !

Tôt ou tard, de contradiction en absurdité, le caractère totalitaire de l'idéologie de l'art contemporain apparaîtra de plus en plus clairement à tous, dans ces faits divers qui font notre quotidien.



*Aude de Kerros est peintre graveur, critique d'art. Dernier ouvrage paru : Les Échelles du ciel, éditions du Savoir perdu, 2002.

 

http://www.vivelesrondes.com/forum/viewtopic_65367.htm

Je relate brivement les faits
(Beaubourg demandait 200 000 euros + 1 an de prison avec surcis)

L'artiste Pierre Pinoncelli, 77 ans, a été arrêté et placé en garde à vue après avoir ébréché à coups de marteau, mercredi 4 janvier, vers 11 h 30, une oeuvre de Marcel Duchamp installée au Centre Pompidou, dans le cadre de l'exposition Dada. « Le dommage n'est pas irréparable », précise le service de communication du Centre, dont les responsables ont porté plainte pour dégradation.
Ils parlent en connaissance de cause : La Fontaine de Marcel Duchamp a déjà été restaurée après avoir subi une première fois les foudres de M. Pinoncelli, le 24 août 1993, lors d'une exposition au Carré d'art de Nîmes. L'artiste s'était tout d'abord soulagé dans la sculpture, un urinoir industriel posé tête-bêche, par rapport à son installation d'origine.
Duchamp avait vainement tenté d'exposer sa pièce en 1917, à New York, sous le pseudonyme de R. Mutt, qui évoquait le nom d'un fabricant local de matériel de salles de bains. La sculpture fut refusée par le jury.
Duchamp s'en expliqua dans un entretien publié en 1961 : « Les motifs pour refuser l'envoi furent les suivants : 1. Son envoi était immoral et vulgaire. 2. C'était un plagiat, ou plutôt une simple pièce commerciale ressortissant à l'art du plombier. A cela, M. Mutt répondit que sa fontaine n'était pas immorale puisqu'on pouvait chaque jour en voir de semblables exposées dans tous les magasins d'installation de bains et autres objets de plomberie. Sur le second point, M. Mutt fait remarquer que le fait qu'il eût modelé ou non la fontaine de ses propres mains était sans impor tance, l'important était dans le choix qu'il en avait fait. Il avait pris un article courant de la vie, et fait disparaître sa signification habituelle sous un nouveau titre et, de ce point de vue, avait donné un sens nouveau et purement esthétique à cet objet... »
M. Pinoncelli a déclaré qu'il rendait « sa dignité à l'objet, victime d'un détournement d'utilisation, voire de personnalité ». La miction était bénigne, mais l'artiste avait cru déjà nécessaire de briser le mythe à coups de marteau : « Etre redevenu un simple objet de pissotière après avoir été l'objet le plus célèbre de l'histoire de l'art... Son existence était brisée... Il allait traîner une existence misérable... Mieux valait y mettre un terme, à coups de marteau... Pas du tout un geste de vandale, un geste charitable, plutôt... »
Le tribunal de Tarascon avait condamné, le 20 novembre 1998, M. Pinoncelli à une amende de 45 122 euros.
L'affaire était même devenue un cas d'école pour les juristes. Interrogé par Le Monde, l'avocat Bernard Edelman estimait que le tribunal avait « rendu un jugement très intelligent, en condamnant Pinoncelli pour «parasitisme de la gloire?. En brisant un urinoir célèbre, il cherchait à s'accaparer la notoriété de l'artiste qui y avait apposé sa signature. »
M. Pinoncelli est un habitué : des actions, au sens artistique du terme, il en a produit plus de 70, depuis 1963. On lui doit, en 1969, un « attentat culturel contre Malraux » : il avait, armé d'un pistolet à eau, aspergé le ministre de peinture rouge lors de l'inauguration du Musée Chagall de Nice. En juin 1975, il avait braqué avec un fusil, mais sans munitions, les locaux de la Société générale, toujours à Nice. Il s'agissait alors de protester contre un jumelage entre Nice et Le Cap, en Afrique du Sud, alors sous le régime de l'apartheid. L'artiste n'a peur de rien, l'homme est entier. Presque : en juin 2002, dans un musée de Cali, en Colombie, il s'est tranché un doigt avec une hache en signe de solidarité avec Ingrid Betancourt. Il s'agissait de partager la violence faite à l'otage retenue par les FARC.
Plus prosaïquement, La Fontaine de Marcel Duchamp n'existe plus depuis 1917, date à laquelle l'original s'est perdu. Les huit versions aujourd'hui disponibles sont le résultat d'une édition réalisée par l'artiste et le marchand italien Schwartz en 1964. La dernière disponible sur le marché a été vendue à un collectionneur grec en 1999, pour l'équivalent de 1,6 million d'euros.


Source : Le monde

Et vous qu'en pensez vous ?

Etes vous outré ?

Pensez vous aux implications dans l'art ? les arguments que l'on peut en tirer ?

une modification de l'art ?

Je rappelle pour ceux qui ne connaissent pas, voilà une photo de l'urinoir de Duchamp
http://ccpoorthuis.be/upload/groot/2006061315423571.jpg


Résultat du jugement :

"Le tribunal correctionnel de Paris a condamné mardi, Pierre Pinoncelli 77 ans, qui se revendique de l'école de Nice, à trois mois de prison avec sursis et à verser 200.000 euros au titre du préjudice matériel pour avoir ébréché à coups de marteau une oeuvre de Marcel Duchamp, « La Fontaine », un urinoir industriel.
Il devra verser 14.352 euros supplémentaire au titre des frais de réparation au centre Pompidou, propriétaire de l'oeuvre.
Tous les jours un peu plus nous rendons hommage dans notre beau pays de France à Kafka et à Ubu roi, c'est dire si nous sommes un pays de haute culture.
On ne commente pas une décision de justice …
"

Un dernier lien photographique vers un "geste" de Pinoncelli.

http://www.homme-moderne.org/images/actions/pascap/15.html

 

Et le site internet de Pinoncelli :
http://membres.lycos.fr/pinoncelli/

 

 

 


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