Chargement... Merci de patienter quelques secondes...
Cours de dessin et de peinture à Nancy
Inscriptions ouvertes pour débutants ou initiés 
Atelier de modèle vivant à Nancy 
  => samedis 6 et 20 décembre 2014  
Dessiner et peindre avec le bon matériel
crayon, huile, pastel, aquarelle, acrylique
Interventions artistiques
stages, conférences, démonstrations
Mise à niveau, soutien et  préparation
concours écoles d'art, architecture et paysage
Art et technique du croquis
21 conseils pour apprendre à tout dessiner
Renseignements et inscriptions à tous les cours et stages par téléphone au 06 32 21 71 80
NOUVEAU =>  Cours de dessin à Fléville-devant-Nancy
 
 
 

Diviser pour construire, 
ou l’art de dessiner comme on coupe un gâteau


Il est souvent répété dans les ateliers d'art qu’on ne doit pas dessiner de manière linéaire en suivant le contour d’une forme comme s’il s’agissait de découper une ombre chinoise, qu’il faut commencer par construire son dessin. L'indication est juste, mais que signifie au juste construire un dessin ?
 
On devine aisément qu’il s’agit d’une affaire de proportions. Combien de hauteur de tête puis-je faire tenir dans la hauteur du corps entier de ce personnage ? Où vais-je placer l’horizon du paysage par rapport à la hauteur totale de mon format ? Quelle part d’espace vais-je attribuer à la montagne dans mon tableau ? Ce qu’il est plus délicat d’apercevoir, c’est que ces estimations ne peuvent s’accomplir qu’en partant de l’ensemble pour aller vers la partie, et non l’inverse. Inutile de concentrer son attention sur des détails que l’on serait bien en peine d’accorder ultérieurement en une unité cohérente. Aussi, dans l'organisation de son dessin, le technicien avisé évite de fonctionner par addition et privilégie le principe de division.
 
On peut ne voir là qu’une manifestation d’un bon sens largement partagé, si l’on considère la manière dont nous effectuons « à l’œil » la plupart de nos calculs domestiques. Toute personne ayant assumé un jour la délicate mission de découper un gâteau en un nombre donné de parts égales sait ce qu’il en est. Pas question de commencer par trancher les premières parts au hasard sans s’exposer au risque d’offrir aux derniers servis des morceaux ou trop gros ou trop petits, provoquant ainsi la montée d’une légitime indignation dans les rangs des convives lésés. Nous comprenons facilement qu’il est plus indiqué de commencer par découper le gâteau par le milieu, soit en deux parties exactement égales si le nombre d’invités est pair, soit en deux parties pas tout à fait égales si le nombre d’invité est impair. Dans le cas particulier où le nombre d’invités est un multiple de 3, il est recommandé de séparer le gâteau en deux parties dont l’une sera le double de l’autre. Les sous-découpes se feront évidemment de la même manière.
 
?trangement, de nombreuses personnes qui réussissent très bien l’épreuve de la découpe du gâteau, se trouve désemparées devant une forme à dessiner. Il suffirait pourtant d’appliquer la même méthode : toujours diviser l’image en partant de l’ensemble, c’est à dire chercher, dans la verticalité comme dans l’horizontalité du plan, le milieu ou le tiers (Notez bien que si l’on peut facilement estimer de visu une moitié ou un tiers sans instrument de mesure, il est en revanche très aventureux de tenter d’évaluer d’un coup d’œil un cinquième ou un septième !). ?videmment, dans la construction d’un dessin, toutes les parties ne sont pas toujours aussi facilement égalisables que les parts d'un gâteau, mais le principe de division et sous-division reste le même en s’appliquant plus subtilement à chaque situation particulière.
 
Comment, par exemple, entreprendre le dessin d’un arbre ? Je ne dois évidemment commencer à disposer les branches ni par le bas, ni par le haut, car dans ces deux cas, l’arbre risquerait d’être à l’arrivée trop petit ou trop grand (comme les dernières parts du gâteau mal découpé). La bonne méthode consiste à commencer par une forme générale - ce qui, pour un arbre élancé, peut être essentiellement le segment représentant l’axe à peu près vertical du tronc se prolongeant jusqu’à la plus haute branche centrale. En traçant cette ligne, je suis déjà assuré de faire entrer l’arbre entier dans mon format à la dimension souhaitée, ce qui n’est déjà pas si mal. Je dois ensuite diviser cette ligne en deux ou trois parties égales en utilisant quelques points de repère gracieusement fournis par l’arbre : on peut par exemple remarquer une grosse branche ou bien une tache sur le tronc, parfois un détail infime auquel on n’accorde d’intérêt que parce qu’il nous aide à organiser notre perception. Il est évident que tous ces calculs peuvent également s’effectuer à l’horizontal afin d’estimer les rapports entre les largeurs des masses de feuillages. Ce n'est que lorsque ce travail préparatoire aura été effectué qu'il sera possible de procéder à un travail de dessin tenant compte des détails et visant à une ressemblance et à une expressivité. Avec un peu d'entra?ment, la construction devient un exercice assez simple pour la plupart des formes qui nous entourent : les meubles, les animaux, les personnages deviennent des formes qui dévoilent leur organisation interne et que l'on peut par conséquent dessiner sans commettre d'énormes erreurs de proportion.
 
Dessiner de cette manière n'est pas seulement plus juste techniquement, c'est également beaucoup plus agréable, parce qu'on pénètre ainsi dans la magie de la vitalité des formes. En effet, permettre à son dessin de se développer par division, c’est lui faire emprunter le chemin des formes vivantes telles qu’elles évoluent dans la nature. Celui qui est soucieux de donner vie à son œuvre devra se rappeler que si l’on peut extraire des organes d’un organisme, on ne peut pas produire d’organisme en rassemblant des organes. La création artistique a ceci de commun avec la création naturelle que la vie n’y demeure que tant que la partie reste en relation avec la totalité dont elle est issue. Ce que l’on appelle la construction d’un dessin n’est rien d’autre que le trait qui rend visible cette relation.
 
Thierry Marié, le 8/10/2005