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L'art du croquis

21 conseils pour apprendre à dessiner facilement tout ce que nous voyons

Quelle que soit la technique employée, quel que soit le style visé, la qualité d'une peinture, d'une architecture, d'une sculpture ou de n'importe quel objet d'art dépend en premier lieu du sens du dessin. 

Celui-ci se cultive essentiellement par des exercices de croquis en prenant pour modèles des paysages, des objets, des animaux ou des personnages. Ces exercices peuvent être plaisants ou très agaçants selon qu’ils sont abordés avec ou sans méthode.

Voici un rappel de quelques règles concernant la bonne façon de s’adonner à la passionnante et délicate discipline du dessin.



7 principes fondamentaux

1. Les conditions matérielles d'un bon dessin
Tout commence par la réunion de bonnes conditions matérielles car le dessin est aussi un exercice physique. Le matériel de base pour le croquis est assez rudimentaire : au pire et dans des situations imprévues, des feuilles de papier de médiocre qualité et n’importe quel outil graphique, même un simple stylo-bille, peuvent faire l’affaire. Evitons cependant d’être handicapés par un crayon mal affûté ou un pinceau ébouriffé. Avant de commencer à dessiner, assurons-nous d’être confortablement installés, à une bonne distance du sujet, et d’avoir autant que possible un éclairage adapté. Le croquis est un exercice qui peut se pratiquer dès que l’on dispose d’une dizaine de minutes de tranquillité, dans toutes les positions, même couché en prenant ses pieds comme modèles. On peut dessiner presque partout  : chez soi, dans un parc, à la plage, au café, dans le train… en conduisant un camion (non, je plaisante). Le croquis sauvage effectué dans les lieux publics doit s’exécuter le plus discrètement possible, à l’insu du modèle visé si l’on veut pouvoir saisir une attitude naturelle. Les animaux domestiques font souvent de bons modèles à domicile, mais il est parfois difficile de les convaincre des avantages de l’immobilité : commencez par les dessiner pendant leur sommeil ; ensuite, si vous trouvez que votre lévrier ne tient pas la pose, vous pouvez toujours le faire naturaliser ou tenter de l’échanger contre une tortue. 

2. Procéder par division et non par addition
Le dessin est un exercice réclamant des compétences  singulières dont la plus importante est celle de voir la totalité avant la partie. Nous avons au contraire pour la plupart d’entre nous appris à considérer le monde comme une addition des éléments qui le composent. Nous sommes ainsi tentés de commencer un dessin par un détail parce que nous croyons qu’en additionnant toutes les parties nous finirons par former un ensemble aussi sûrement qu’on obtient une caisse de pommes en y ajoutant une à une les pommes. Malheureusement il est impossible de dessiner de cette manière car le dessin progresse par division d’une unité primordiale et non par addition de petites unités. Il faut donc apprendre à saisir son sujet comme un ensemble dont on va extraire des parties et non l’inverse. Cet ensemble n’est pas une somme complexe d’éléments simples ; c’est au contraire lui qui est l’élément le plus simple et par conséquent le premier à dessiner. Il est possible d’extraire un organe d’un organisme vivant, mais non d’obtenir un organisme en additionnant des organes morts. Si nous oublions ce principe, tous nos dessins  ressembleront à la créature du docteur Frankenstein.

3. Poser le problème du dessin dans le langage du dessin
« Comment montrer que la jambe de ce personnage s’avance vers nous ? » Voilà l'exemple typique du "raccourci" que le dessinateur ne pourra pas traiter avant de le reformuler en des termes plus appropriés. Dans le monde du dessin, aucune jambe n’avance ni ne recule car il n’existe ici que les deux dimensions du plan : la mine du crayon posée sur la feuille de papier peut prendre bien des directions et accomplir toutes sortes de danses, mais elle ne peut ni s’éloigner sans trouer le papier ni se rapprocher sans cesser d’être en contact avec la surface de la feuille. Si l’univers entier était plat comme cette feuille, dessiner serait aussi facile que décalquer. Mais la réalité où nous évoluons est un volume en trois dimensions comportant du relief et de la profondeur. Comment surmonter cette difficulté ? En s’entraînant à voir à plat, à voir les lignes de notre sujet comme s’il s’agissait de celles d’une image imprimée sur un plan vitré placé devant nos yeux. Il est alors possible de formuler des questions recevables dans le monde en deux dimensions du dessin. Par exemple : "Cette ligne est-elle plus haut ou plus bas, plus à gauche ou plus à droite, plus courbe ou plus droite ?"

4. Prendre des mesures à partir de bon repères
L’œil nu est rarement capable d’échapper à toutes les illusions d’optique qu’il rencontre dans l'effort de perception. Il est par conséquent indispensable de recourir à des instruments de mesures et de repères adaptés.  On utilise, au moins depuis la Renaissance, des fenêtres de bois ou de carton tendues de fils horizontaux et verticaux, parfois même de diagonales, à travers lesquelles le dessinateur peut résoudre des problèmes ardus de perspective. Pour la plupart des croquis, une règle transparente est suffisante. Le crayon lui-même peut bien sûr remplir cet office mais d’une manière un peu moins précise. Il est aussi possible de s’aider d’un morceau de ficelle (pas trop élastique) que l’on transformera en fil à plomb en attachant une gomme à l’une de ses extrémités. Les mesures effectuées à l’aide de ces instruments ne seront justes que si la distance qui les sépare de l’œil est constante : c’est pourquoi le dessinateur les tient à bout de bras bien tendu.

5. Œil tendu et main décontractée
Il est courant d’observer une inversion énergétique dans le travail du croquis qui consiste à regarder le sujet d’un œil assez mou tandis que la main se crispe sur le crayon. Que se passe-t-il ? Plus le dessinateur regarde mal son sujet, plus son dessin est gauche ; plus il  demande à sa main la précision qu’elle est incapable de trouver en elle-même et que l’œil seul pourrait lui donner, plus elle répond par la dureté. Ce faisant, la main impuissante épuise inutilement l’énergie qui fait de plus en plus défaut à l’oeil, et le dessinateur dessine de plus en plus mal. La seule manière de sortir de ce cercle vicieux est de rétablir une juste collaboration entre l’œil et la main en donnant un rôle actif à la perception et un rôle passif à l’exécution. En dessin, la main ne fait que suivre. Même lorsqu’elle accomplit un travail de grande virtuosité, c’est l’œil qui la conduit. Le dessin semble alors se faire de lui-même, comme par magie.

6. S’exercer librement sans crainte du résultat
Il est impossible de faire des progrès significatifs en dessin avant d’avoir compris qu’un bon croquis n’est pas un objectif à poursuivre à tout prix mais la conséquence gratuite d’une expérience menée pour elle-même. Il est préférable de se concentrer sur la qualité de l’action artistique en la vivant au présent plutôt que d’être obsédé par l’espoir ou la crainte de son résultat. L’étudiant en dessin devrait se considérer comme un expérimentateur taillé pour l’aventure artistique et non comme un producteur angoissé par l’échec, ne s’engageant que dans ce qu’il est sûr de gagner et refusant de goûter à la saveur de l’inconnu. La mission d’une étude est de nous permettre d’améliorer notre perception, donc ses défauts sont aussi riches d’enseignement que ses qualités. Il n’est pas toujours utile de conserver ses croquis mais Il ne faut cependant pas se venger de la peine qu’ils nous ont donnée en les déchirant furieusement. 

7. Aimer dessiner pour dessiner
Dessiner réclame un effort de concentration que l’on ne peut soutenir s’il n’est accompagné d’un certain contentement. Mais en quoi consiste véritablement le plaisir du croquis ? On commettrait une erreur en le réduisant à l’autosatisfaction de l’artiste habile qui ne commet aucune faute. Dessiner avec une constante aisance peut parfois signifier que la pratique est confinée dans le domaine de compétences établies : la lassitude est proche. En réalité, la véritable jouissance artistique est produite par la sensation de se transformer et non par le sentiment minable de réussir. Rencontrer des difficultés en dessin stimule nos recherches. La fatigue, l’énervement et la mauvaise humeur ont aussi leur rôle à jouer en nous offrant des indications sur la manière de modifier notre posture psychologique. L’univers du dessin n’est pas une tragédie absconse : les questions y trouvent des réponses et aucun problème n’y est insurmontable. L’essentiel est de l’explorer comme un jeu dont on découvre les règles. 

7 étapes du croquis

1. Choix du sujet
Celui-ci ne dépend pas seulement de notre inspiration mais doit aussi tenir compte de la nature du type de procédé graphique employé. Il est par exemple déconseillé de dessiner un visage d’enfant sur un petit format avec une grosse craie noire. Le point de vue et le cadrage déterminent déjà  la qualité de composition de notre croquis.

2. Observation libre
Commençons par observer pendant quelques minutes le sujet sans le dessiner, afin d’en dégager virtuellement la forme générale et les lignes directrices. Il vaut mieux se demander par quel endroit on va saisir la bête avant de se lancer à sa poursuite. Cette étape est souvent négligée parce que notre conditionnement éducatif et social nous fait accorder une plus grande importance à l’action qu’à la contemplation.

3. Adaptation du format
Le dessinateur est toujours  influencé par le format sur lequel il travaille, même inconsciemment. Si nous prenons pour modèle un personnage svelte en position debout et que nous le dessinons dans un format carré, nous courons le risque de ne pas trouver de place pour ses pieds et sa tête ou bien de lui donner l’apparence d’un nain obèse. Vérifions donc que les proportions de notre feuille ne sont pas trop éloignées des proportions de notre sujet et procédons éventuellement aux adaptations nécessaires. En cas d’importantes difficultés, on peut composer un format exactement proportionné à celui d’une fenêtre en carton à travers laquelle on observe la scène à représenter.

4. Ebauche générale
Le but de l’ébauche est de mettre en place la forme générale à la bonne échelle, c’est-à-dire celle qui permettra au sujet d’occuper correctement le format. Plaçons les très grandes lignes ou les masses principales en oubliant les détails et en travaillant d’une main légère et souple. Il ne faut pas avoir peur de « gribouiller » un peu pour chercher la forme.

5. Construction d’apparence
A cette étape, il s’agit d’étudier le modèle en tenant compte seulement de l’aspect qu’il présente à nos yeux, et non de sa structure intrinsèque. On ne pense pas à ce que l’on dessine, on dessine seulement les formes que l’on voit. Il s’agit ici de veiller à trois choses : la position, la proportion et l’orientation de chaque partie. Par exemple, lorsqu’on veut vérifier si l’on a bien construit la tête d’un personnage, il faut poser le problème ainsi : 

- Cette tête est-elle bien située par rapport au corps ? 
- Sa dimension est-elle correcte ? 
- L’inclinaison de son axe principal est-elle exacte ?

6. Analyse de structure
Cet exercice complémentaire du précédent consiste à montrer comment la structure invisible d’une forme conditionne son apparence. Il faut ici découvrir ce qui est caché derrière ce que l’on voit pour comprendre ce que l’on voit.  L’analyse de structure propre peut être interne et externe. Dans le premier cas, on découvre les lignes de soutien présentes dans les formes comme, par exemple, le squelette d’un personnage : c’est ici que l’anatomie est utile. Dans le second cas, on inscrit les formes dans des volumes simplifiés comme, par exemple, un bras dans un cylindre : la connaisssance de la perspective est nécessaire à cette étape.

7. Dessin final
On assure les lignes les plus justes et on efface tout ce qui est inutile. Il peut être intéressant de laisser en place quelques éléments de construction. Le trait de finition doit être dynamique et assez riche pour suggérer par ses modulations la lumière et l’ombre, la légèreté et la pesanteur, la délicatesse et la force. Les contours ne doivent pas être trop fermés, ni les ombres trop bouchées : le dessin doit respirer.

7 règles  de construction 

1. Simplification abstraite
Il est plus facile de dessiner des formes abstraites que des choses que nous reconnaissons et à propos desquelles notre univers mental regorge d’idées préconçues. Il est donc très pratique de pouvoir observer son sujet comme une structure géométrique simple telle qu’un carré, un rectangle, un triangle ou un trapèze - ou bien un assemblage de quelques-unes de ces formes. Il est également possible d’utiliser des lettres ou des chiffres.

2. Voir les espaces négatifs
Plutôt que de dessiner en regardant seulement les formes constituant les « pleins » du sujet, soyons aussi attentifs à tous ses « creux ». Observons par exemple comment un personnage  posant une main sur sa hanche fait apparaître une forme triangulaire entre la ligne intérieure de son bras et le bord de son tronc. Les espaces négatifs entre les « choses » sont plus faciles à dessiner que celles-ci, car nous n’avons pas d’a priori les concernant.

3. Recherche des milieux
Cette méthode consiste à noter où se situe le milieu du segment reliant le point le plus bas et le point le plus haut de l’ensemble du sujet. On procède au même calcul sur l’axe horizontal. Cette opération peut aussi s’effectuer sur des parties limitées du dessin.

4. Alignement de points remarquables
Les points remarquables sont ceux qui peuvent nous servir de repères parce qu’il est facile de les observer et de les retenir. Il peut s’agir par exemple, de la pointe d’un sapin dans un paysage, ou bien du nombril sur un personnage. Identifier deux ou trois points alignés horizontalement ou verticalement donne un précieux repère de stabilité et permet d’éviter de dessiner de travers.

5. Evaluation comparative des segments
Elle s’effectue en choisissant un segment bien visible dont on reporte la longueur sur d’autres parties du sujet. Pour le modèle humain, il est courant d’utiliser la hauteur de la tête, mais n’importe quel segment peut être utilisé comme étalon. Il est possible de construire un croquis en choisissant au départ une « unité de base » à partir de laquelle on estime ensuite proportionnellement toutes les autres distances.

6. Prolongation des lignes
Il arrive souvent que deux lignes droites ou courbes se présentent dans le prolongement l’une de l’autre, même lorsqu’elles concernent des parties du sujet qui n’ont pas de relation directe. Par exemple, la ligne du bord d’un nuage peut se situer dans le prolongement de la ligne d’une branche d’arbre. Ces coïncidences d’apparence sont très utiles à la construction du croquis.

7. Calculer les obliques avec des angles
Il est beaucoup plus facile de mémoriser visuellement les lignes verticales et horizontales que les lignes obliques car il n'y a qu'une verticalité, et qu'une horizontalité alors qu'il y a une infinité d'oblicités. De plus, les lignes verticales et horizontales sont faciles à dessiner puisque l'on peut s'aider pour cela des bords de notre carnet de croquis qui sont eux aussi verticaux et horizontaux. Il est donc recommandé de toujours calculer une oblique en visualisant l’angle qu’elle forme avec une horizontale ou une verticale imaginaire. Cette méthode permet de représenter correctement une ligne fuyante trompeuse, par exemple la ligne du bord d’un livre ou d'une table, en estimant le triangle (part de fromage) que cette ligne définit dès qu'on la complète avec une ligne horizontale ou une ligne verticale.